5 albums pour parler des émotions
Une colère qui emporte tout, une peur qui grossit dans le noir, une jalousie qu'on n'ose pas avouer. Les émotions des enfants sont immenses, et les mots des adultes souvent trop petits. « Calme-toi », « c'est rien », « sois gentil avec ta sœur »... les grandes injonctions éducatives disent surtout ce que l'adulte voudrait obtenir, mais elles aident rarement l'enfant à comprendre ce qu'il ressent ou ce qu'il peut faire.L'album a une patience infinie et ne demande rien. Il raconte. Et dans l'histoire d'un autre, l'enfant reconnaît la sienne, sans avoir à se défendre. C'est toute la différence entre une leçon et un livre : la leçon vise, le livre accompagne. Voici cinq albums de notre catalogue qui font ce travail-là, chacun à sa hauteur.
Pour les tout-petits : Babymoni
Dans Je suis furax !, Babymoni traverse une colère carabinée. Dans J'ai les chocottes !, elle affronte ses plus grandes peurs. Ici on nomme ce qui déborde. C'est la mignonnerie du personnage qui permet de désamorcer et de prendre du recul. L'humour est un outil merveilleux et à 2 ans, c'est exactement ce qu'il nous faut !

La jalousie : Les fantômes ne frappent pas à la porte
Marmotte est la meilleure pote d'Ours... et n'a aucune intention de le partager. Quand un canard s'invite, tout se complique. Un album d'Eulalia Canal et Rocio Bonilla prend la jalousie au sérieux tout en nous faisant rire. Au lieu d'avoir honte de ce sentiment si décrié, on comprend que la jalousie, avant d'être un défaut, est une peur de perdre. Et du même coup, on la maîtrise.

La frustration : Pas Juste !
Pas juste : Pablo trouve que tout est extrêmement injuste, en particulier lorsqu'on est un enfant et qu'on doit suivre les décisions des adultes. Heureusement, les donuts sont là pour adoucir les mœurs et découvrir l'art du compromis.

L'estime de soi : Le monstre du miroir
Dans le miroir, Louise ne voit que des défauts. Un nez trop comme ci, des cheveux trop comme ça, un corps jamais comme il faudrait. Mais autour d'elle, personne ne voit ce monstre qu'elle s'invente : les autres voient une héroïne, un clown, une aventurière, une enfant pleine de vie. L'album d'Anne Mahler retourne le miroir avec une douceur redoutable. Il dit, sans grand discours, combien le regard qu'on porte sur soi peut être cruel et combien celui des autres peut parfois aider à se retrouver.
La perte et la réparation : Kintsugi
Le plus silencieux des cinq est peut-être le plus puissant. Kintsugi, d'Issa Watanabe, emprunte à l'art japonais qui répare les céramiques avec de l'or : ce qui a été brisé n'est pas à cacher. Un album sans paroles sur la douleur et l'acceptation, mais surtout sur la reconstruction : on peut être encore plus beau avec des cicatrices ! À laisser entre toutes les mains, y compris celles des adultes.

Un dernier mot : aucun de ces livres n'a été écrit « pour parler des émotions ». Ils ont été écrits pour être de bons livres. C'est précisément pour ça qu'ils fonctionnent.












